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 " Intuition " Rachel Vadeboncoeur
Au Québec, dans les années 70 et 80, les revendications au sujet des modifications des pratiques entourant la naissance – essentiellement une démédicalisation de celle-ci - ont été faites sous le terme ‘humanisation’ (voir texte En trente ans, une certaine humanisation…). C’est aussi au cours de ces années que fut remise en question la manière dont on traitait les personnes hospitalisées pour cause de maladie, au nom de la nécessité d’offrir des ‘soins humanisés’.
On pourrait se demander si le terme ‘humanisation’ est toujours d’actualité, en ce qui concerne la naissance en ce début du 3e millénaire. On peut par exemple se demander si ce terme fait encore du sens, alors que les pratiques dans les établissements ont changé et que l’ « usager » est maintenant au coeur de la mission de nombre d’établissements – du moins dans les documents officiels. Une militante pour l’humanisation de la naissance de la première heure qualifie ainsi la sorte d’humanisation qui aurait coloré les changements : une « humanisation de la médicalisation », plutôt qu’une réelle humanisation de la naissance. Par exemple, si on utilise la définition du dictionnaire, humaniser est « donner un caractère plus civilisé à, rendre plus supportable à l’homme » ou encore « rendre plus sociable, plus compatissant ». Ainsi, mieux accueillir les femmes en travail – leur éviter de changer de salle pendant leur travail, avoir de belles chambres où elles peuvent séjourner ainsi que leur offrir une péridurale - peuvent constituer, dans cette perspective, des gestes d’humanisation de l’accouchement et les établissements peuvent estimer qu’ils ont ainsi humanisé la naissance.
Mais la nouvelle Politique de périnatalité québécoise élargit le sens de ce terme (2008), p.13 : « Agir avec humanité, c’est d’abord respecter le caractère physiologique naturel de la grossesse, de l’accouchement, de la naissance et de l’allaitement. Pour ce faire, on verra à offrir des environnements propices au libre choix, à l’accompagnement et au soutien. On adoptera une approche souple, ouverte et sensible aux besoins des enfants et des parents. »
Ce qu’en disent des organismes internationaux, nationaux, provinciaux ou des études scientifiques : Dans les lignes directrices d’organismes internationaux (comme l’Organisation mondiale de la santé), nationaux (tels les gouvernement du Royaume-Uni, gouvernement du Canada, Société des obstétriciens et gynécologues du Canada) ou dans les conclusions des quelques études scientifiques sur l’humanisation de l’obstétrique, on met l’accent sur les éléments suivants :
Il est question des personnes qui sont les premières concernées par la naissance : de la notion plus générale de famille... au coeur de l’événement, des femmes... qui donnent naissance. Relativement à celles-ci, il est question de la prise de décisions : à un pôle on parle de leur ‘participation’ aux soins qui les concernent et au pôle opposé à leur rôle central et décisif de ‘haute main sur l’ensemble de cette expérience’ (l’accouchement), selon l’expression du Regroupement Les sages-femmes du Québec.
Il y est question de la nature de l’événement, soit de l’accouchement comme d’un événement normal, naturel, physiologique, donc de la nécessité de démédicaliser cet événement et les pratiques qui l’entourent. Il y est aussi question, brièvement, de l’accouchement comme expérience d’auto-réalisation et d’auto-transformation et pour la femme et pour l’intervenant-e. Il y est question du niveau où on devrait placer cet événement, soit la communauté, avec l’aide d’un-e intervenant-e ou une équipe de soins de première ligne (médecin de famille ou sage-femme…) , soutenu-e-s par la disponibilité de ressources plus spécialisées au besoin seulement.
Il y est question du type d’intervenant-e qui devrait accompagner les femmes et les couples lors de la naissance d’un enfant : on privilégie la sage-femme dans ce rôle, la relation à privilégier entre l’intervenant-e et la femme étant égalitaire et fondée sur un respect mutuel et la relation à privilégier entre les intervenants médecins et non médecins étant égalitaire.
Il y est question de l’approche à privilégier... globale... holiste... qui tienne compte du vécu des femmes et des familles sur les plans social, émotionnel, culturel, spirituel, psychologique et physique. Dans ce cadre, il y est aussi question du genre de soins que l’on devrait prodiguer. Ces soins devraient être fondés sur le respect des besoins, tels l’intimité, la dignité, sur celui des valeurs et des croyances des femmes et des couples ainsi que sur le respect de l’accouchement comme processus physiologique. Ils devraient aussi être fondés sur le respect des droits des premières concernées (voir texte Les droits des femmes).
Lorsqu’on parle d’humanisation de la naissance, on parle aussi des conditions suivantes : de la confiance dans la compétence des femmes, de soutien adéquat et de caring, et de conditions favorisant l’empowerment, par exemple de soins accompagnés d’une information telle qu’elle permette à la femme (et au couple) de faire des choix éclairés à propos par exemple de la personne qui les assistera, du lieu de naissance de leur enfant et de la manière dont elle veut que l’accouchement se déroule. On parle de continuité, et de pratiques fondées sur des données probantes (études scientifiques) et respectueuses des taux recommandés par les organisations internationales et nationales et ayant comme objectif de garder la technologie au minimum, avec un recours au besoin à des approches alternatives moins invasives
Il est aussi question de sécurité... et pour paraphraser une chercheure sage-femme lors du colloque international sur l’humanisation de la naissance qui a eu lieu au Brésil en l’an 2000, de la notion que l’humanisation, loin d’être un luxe, constitue en fait un facteur de sécurité pour cet événement.
Il est question, par ailleurs, de l’impact que la naissance a sur la maman, le bébé, le papa, leur famille (l’attachement parents-enfant), la communauté, la société, les générations futures, ainsi que de l’expérience vécue, de la satisfaction, du meilleur départ des familles, et des individus, de la prévention de problèmes.
Enfin, il y est question, des conditions essentielles à la marche vers l’humanisation de la naissance, soit de la nécessité d’une formation continue des intervenant-e-s et d’un engagement des intervenant-e-s envers cet objectif, tels qu’une étude d’évaluation d’un projet d’humanisation de la naissance au Brésil l’a montré.
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