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TÉMOIGNAGE
Est-il possible de finir par être en paix avec un accouchement qui n'a pas répondu à nos espoirs, à nos attentes ? Comment peut-on "guérir" ? Je me le suis longtemps demandé. J'ai vécu et revécu toutes les étapes du deuil de mon accouchement raté, en ayant l'impression que jamais je ne m'en sortirais. Des années après un accouchement vaginal terminé aux forceps par un médecin pressé et furieux, cela faisait toujours aussi mal. Ce genre de guérison est un processus graduel.
Avant tout, il faut savoir qu'une telle démarche n'est pas nécessairement facile. Il faut être prête à revivre des sentiments douloureux, comme de la tristesse, de la colère, etc. Mais une fois la paix intérieure revenue, quelle libération ! Des sages-femmes et éducatrices prénatales croient qu'il est important, avant d'accoucher à nouveau, de faire la paix avec le premier accouchement, ce que confirment plusieurs auteures d'ouvrages sur la césarienne et l'AVAC (accouchement vaginal après césarienne). Selon elles, cela "libérerait" le chemin pour l'enfant à venir, particulièrement si le premier accouchement nous laisse encore habitées par des sentiments négatifs.
Sitôt après un événement pénible, il est fréquent que, pour se protéger de ce qui a fait mal, certaines refusent de revenir sur ce qui s'est passé. D'autres préfèrent rationaliser l'expérience. C'est pourquoi on ne peut se fier aux enquêtes menées auprès de femmes qui viennent d'accoucher (que ce soit 48 heures ou quelques semaines après). Il est en effet rare, même si cela arrive, que, tôt après avoir eu son bébé, une femme se rende compte de ce qui vient de lui arriver et de la façon dont elle a vécu son expérience. Elle est généralement soulagée d'avoir "passé au travers" et d'avoir un bébé en santé. Alors, les ennuis causés par l'épisiotomie, les forceps ou même la césarienne ne pèsent pas lourd. Et particulièrement dans le cas d'une césarienne imprévue : on est plus ou moins en état de choc. Il est difficile alors d'avoir du recul ou d'être critique par rapport à ce qui est arrivé. C'est souvent plusieurs mois, un an, et même des années plus tard, particulièrement au cours d'une grossesse subséquente, que questions, émotions et sentiments suscités par un accouchement difficile refont surface, et parfois de manière inattendue.
L'adaptation à la maternité ne laisse pas beaucoup de temps, surtout s'il s'agit d'un premier bébé, pour réfléchir à son accouchement. On peut aussi manquer du soutien nécessaire pour faire face à des sentiments pénibles. Notre partenaire ne comprend pas toujours pourquoi nous avons été si affectées par l'expérience. La société fait souvent preuve, elle aussi, de bien peu de compréhension envers les femmes déçues de leur accouchement : "Pourquoi es-tu si bouleversée ?" m'a-t-on demandé durant des mois. Tu as un bébé en santé, tu es en forme, tu devrais être contente !"
Pour en savoir plus, lisez dans Une autre césarienne ou un accouchement naturel ? : La césarienne, une cicatrice émotionnelle ?
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